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Article paru dans le n°-15 (L'œil du voisin) voir la couverture de ce numéro Souriez, vous êtes filmés Attention à vos paroles, gestes et attitudes ! Sans tomber dans une psychose démesurée et injustifiée, on peut constater assez facilement par soi-même que nos villes se sont, en peu de temps, truffées de caméras de surveillance. Magasins, grandes surfaces, parkings, axes routiers, bâtiments officiels, entrepôts, ... Tout ca pour notre plus grande sécurité, publique ou privée. Étonnamment, alors que l'œil du voisin devient de plus en plus indifférent aux tracas de son prochain, d'autres regards, officiels ceux-là, prennent la relève avec la même discrétion et peut-être plus d'insistance. Pour assurer notre sécurité ? Soit. Mais qui contrôle ces yeux électroniques censés rendre nos rues plus sûres ? Dans des lieux privés, ce sont évidemment les propriétaires qui ont la primeur de nos profils télégéniques. Aucun contrôle sur d'éventuels enregistrements pirates (il existe heureusement un droit à l'image), mais bon, à la limite, peu importe que le vendeur de pantalons du coin se prenne pour Coppola. Sur la voie publique, ce sont des officiers des forces de l'ordre qui ont en charge la gestion de ces joujoux indiscrets. Rien que sur le périphérique parisien, on compte plus d'une centaine de caméras qui balaient en permanence les allées et venues des véhicules qui l'empruntent. Même si on est pour la liberté la plus large possible, les dangers inhérents à un trafic routier de plus en plus dense en justifient l'usage. En revanche, on devient beaucoup plus dubitatif avec l'exemple de Levallois-Perret. L'édile local, connue pour son sens de la probité et sa grande droiture ainsi que pour ses démêlées avec la justice, y a fait installer, dans un grand élan démagogique visant à rassurer une population apeurée par « l'insécurité » rampante de notre société, toute une batterie de mouchards vidéo. Et là, l'autorité de contrôle manque cruellement de légitimité. C'est la police municipale, donc chapeautée par la mairie, qui en a la charge. Une véritable aberration, quand on connaît les pouvoirs extrêmement limités de ce type de police, le législateur ayant pris soin de bien délimiter le champs d'action de ces « milices ». Mais pas sur ce point précis. La nature a horreur du vide. Dont acte.Un écrivain a vu avant tout le monde où ce genre de dérives pourraient mener l'humanité. Georges Orwell était quelque peu en avance avec « 1984 », mais le propos de l'auteur n'a rien perdu de sa pertinence. Dans l'univers cauchemardesque qu'il décrit dans son ouvrage, Big Brother contrôle tout, voit tout, entend tout. Et on ne sais pas qui contrôle Big Brother, qui se fait un malin plaisir a être plus totalitaire qu'il n'est possible... Nos contemporains ont inventé un outil qui n'aurait pas déplu à Big Brother. Il a pour doux nom « Echelon ». Une véritable merveille de surveillance globale des télécommunications. Le système, déployé au quatre coin du globe dans la plus grande discrétion pendant de nombreuses années, est d'une redoutable efficacité. Notre Big Brother actuel à des problèmes avec des terroristes ? Prononcer ce mot au téléphone, immédiatement « Echelon » le repère et voilà votre conversation enregistrée et dûment répertoriée. Vous évoquez un projet de voyage en Afghanistan ou en Tchétchénie ? Catalogué ! Vous vous moquez d'un ami visiblement mal réveillé en lui conseillant d'arrêter la drogue ? Repéré ! Votre petite amie est une bombe ? Fiché ! Aucun appareil permettant de communiquer (téléphones, portables, Internet, fax, et j'en oublie sans doute) n'échappe à l'acuité du très performant Echelon. Ce qui est rassurant pour notre liberté à l'heure actuelle, c'est que cette masse d'informations absolument colossale ne peut pas être traitée correctement par les petites mains au service de Big Brother. Certes, la quantité y est, mais la qualité des renseignements est pour l'instant proche de zéro. Le plus triste exemple étant un 11 septembre de sinistre mémoire. Mais, au vu des moyens déployés pour y arriver, rien ne dit qu'un jour prochain, un inconnu soit capable de vous narrer par le menu votre journée, avec force détails. Et à ce moment-là, il vaudra mieux savoir qui est Big Brother, et quelles sont ses intentions. Alors, quand vous croisez une caméra, faites lui un beau sourire, on ne sait jamais.
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