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Texte paru dans le n°-17 (L'eau) voir la couverture de ce numéro
À propos des bruits qui courent et des robinets qui fuient
Je serai bref en ce qui concerne les bruits qui courent : mes positions face à ce sujet ô combien controversé sont notoires. Si j'y reviens, c'est par volonté de clarifier ma pensée, en établissant un parallèle ambitieux et fulgurant (quoique subjectif) avec le problème des robinets qui fuient.
En effet, on sait aujourd'hui qu'il est quasiment impossible de rattraper un bruit qui court, et donc de savoir pourquoi il court. Même à l'aide d'un véhicule supersonique (qui va par définition plus vite que le son), on peut difficilement tirer des renseignements utiles d'un bruit : ce dernier, étant de nature sonore, ne peut guère que s'émettre lui-même (fascinant paradoxe), n'étant pas doté de la capacité d'un recul analytique quant à sa propre essence, et encore moins d'une conscience de celle-ci. En outre, un bruit captif ne survit pas plus de quelques secondes ; il semble que sa raison d'être soit de courir avant de disparaître en un endroit donné (non encore identifié) de l'espace-temps. Or, si sa raison d'être est de courir, sa raison de courir ne peut qu'être une donnée essentielle de ce bruit. Elle le constitue en partie ; en d'autres termes, le fait même de courir est un des éléments fondamentaux qui définissent le concept de bruit.
La question des robinets qui fuient est de toute autre nature. C'est un sujet dérangeant et polémique : depuis des décennies, on tente de gauche et de droite d'étouffer un problème qui nous renvoie tous devant nos bassesses, notre lâcheté mesquine et néanmoins quotidienne. Devant un tel cas de conscience, une précision s'impose. On distingue en effet deux cas distincts de fuites chez le robinet : la fuite dite noble et la fuite dite pleutre. Le robinet peut fuir la barbarie, fuir vers une liberté nouvelle ou fuir une société hypocrite et sclérosée (fuite noble), comme il peut fuir par lâcheté, par mesquinerie, fuir ses engagements ou ses obligations (fuite pleutre).
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